nous comprenons pourquoi l’advenue austérité n’est que politique, et trop souvent sans justification financière
Dans Le Courrier du 3 décembre 2025 et l’article « L’austérité politique, pas financière » l’historien Sébastien Guex répond notamment à deux questions du journaliste Achille Karangwa .
Dans le projet de budget 2026, le Conseil d’État (vaudois) dit vouloir pratiquer une « sincérité budgétaire ». Quelle est votre lecture ?
Sébastien Guex : Le terme est surprenant… et révélateur. Le Conseil d’Etat admet implicitement qu’un budget n’est jamais un simple reflet neutre de la réalité, mais un document où de nombreux postes peuvent être modulés, voire manipulés, selon un projet politique. Dans ce budget, la « sincérité » sert surtout à gonfler l’ampleur du déficit annoncé.
A partir de là, on nous parle de crise des finances publiques afin de justifier une austérité qui pèse sur les salaires et les prestations publiques. Or, rien ne justifie un tel alarmisme pour 300 millions de déficit sur un budget dépassant les 12 milliards !
Encore moins si l’on rappelle un contexte dont on parle peu : depuis 1890, le taux d’endettement brut du canton a oscillé entre 7% et 25% du PIB au début de ce siècle ; il se situe aujourd’hui à un niveau bas, historiquement inédit, de 3,3% du PIB (2024). Si l’on prend l’endettement net, beaucoup plus significatif que la dette brute, la situation est encore meilleure. Vaud a une fortune nette de 4,1% du PIB, alors que l’Union européenne a une dette nette de 75%, la Grande-Bretagne de 94% et les USA de 97%. Jamais, en plus de cent trente ans ans, le canton ne s’est trouvé dans une situation financière aussi favorable. Non seulement il n’y a pas de crise des finances publiques, mais ces dernières sont idylliques.
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L’exécutif explique pourtant que l’augmentation des charges ces dernières années, notamment en raison de la crise ukrainienne, est la principale coupable.
Ces éléments existent, mais le débat est faussé car, ici aussi, on ne contextualise pas avec les chiffres structurants. Si l’on prend les dépenses cantonales par habitante en termes réels (corrigés de l’inflation), elles n’ont augmenté que d’environ 1% par an en moyenne depuis 2005, selon mes calculs. Et surtout, si l’on rapporte ces dépenses au PIB cantonal, seule mesure pertinente, on passe de 16,2% du PIB en 2005 à 16,9% en 2024. Une quasi-stagnation ! Rien qui ressemble à une explosion incontrôlée des charges, mais une évolution en lien avec la démographie du canton et son économie.
Le problème n’est donc pas une augmentation inconsidérée des dépenses, mais un choix politique qui consiste à ne considérer que les déséquilibres de court terme, en ignorant les tendances lourdes. En mettant le projecteur sur le rôle des charges dans l’apparition récente d’un déficit, le Conseil d’Etat (vaudois) veut surtout éviter de parler de l’évolution au long cours des recettes fiscales, qui joue pourtant un rôle central.
C’est-à-dire ?
Depuis 2006-2007, Vaud a multiplié les baisses fiscales via une quinzaine de mesures qui, cumulées, représentent un manque à gagner annuel de plusieurs centaines de millions dans les caisses de l’Etat, selon mes estimations. Bien plus que le déficit 2026 actuel.
C’est surtout pour les entreprises, les personnes morales, que les impôts ont été massivement baissés. Du côté de la fiscalité des personnes, surtout à hauts revenus, les autorités ont multiplié les petites mesures qui paraissent minimes individuellement, mais qui cumulées, représentent une perte de recettes d’au moins 200 millions aujourd’hui… Sans compter le bouclier fiscal pour les plus riches, appliqué de manière non conforme à la loi durant une dizaine d’années : encore un manque à gagner estimé à au moins 40 millions par année, soit un préjudice de près d’un demi-milliard sur la période.
Les mêmes qui ont organisé cette baisse structurelle des recettes dénoncent aujourd’hui un déficit… dont ils et elles sont largement responsables. C’est une classique « politique des caisses vides ».
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Le Conseil d’Etat déclare avoir puisé 493 millions de francs dans la fortune de l’Etat pour couvrir le déficit courant. Pourquoi n’a-t-il pas puisé 600 ou 700 millions, puisque sa seule fortune financière s’élève à 5 milliards de francs ? La situation financière du canton ne justifie en rien ce budget d’austérité : sa seule justification est politique.
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