en ce dimanche pluvieux

après les votations cantonales genevoises du 30 novembre 2025 Enregistrer au format PDF

une lecture ravigotante du Monde diplomatique
Dimanche 30 novembre 2025 — Dernier ajout mercredi 14 janvier 2026

peut-on encore affirmer que le maintien ou l’augmentation du pouvoir et de la fortune de certains sont favorables aux autres « couches » de la population ?

Ainsi, comme Léman Bleu nous l’annonce : « Les Genevois ne veulent pas d’aide pour les soins dentaires. Selon les derniers résultats, l’initiative du PS, qui prévoyait un chèque annuel de 300 francs, est refusée de justesse dimanche. Le contreprojet est aussi rejeté. »

Nos pauvres resteront donc dans les affres où le système les a précipités.

Quoique « Les résultats de cet objet de votation étant extrêmement serrés – 144 voix séparent le "non" majoritaire du "oui", selon les résultats provisoires finaux de la Chancellerie – il ne faut pas exclure un recomptage des voix. »

Doit-on comprendre qu’il manquait les voix de 145 pauvres, ou qu’ils ne seraient pas assez nombreux à disposer du droit de vote cantonal pour promouvoir des améliorations à leur condition ?

Ou ce résultat ne serait-il pas plutôt consécutif du fait que trop de personnes — qui me sont concitoyennes — s’abreuvent sans discernement de la soupe service par certains idéologues préconisant :

  1. un amoindrissement des compétences de l’Etat pour notamment combattre le nuisible « recours systématique à la taxation en lieu et place d’économies structurelles de la sphère politique » ;
  2. le renoncement à toutes modifications de l’ordre politique ou/et légal qui pourraient inciter certaines entreprises ou/et certaines personnes fortunées à se domicilier ailleurs ;
  3. qu’il faut cesser de nuire au « ruissellement » qui prétend que l’augmentation du pouvoir ou/et de la fortune de certains réduirait l’écoulement naturel d’une partie de leurs richesses vers les couches de population considérées — dans la vision verticale qu’ils ont de la société — en position inférieure à la leur ?
logo de campagne Jeunesse socialiste

Arguments (voir note en pied) qui semblent avoir également convaincu le peuple suisse de rejeter l’initiative populaire de la Jeunesse socialiste suisse « Pour une politique climatique sociale financée de manière juste fiscalement (initiative pour l’avenir) » portant sur la création d’un impôt fédéral de 50 % sur les successions et les donations, après déduction d’une franchise unique de 50 millions de francs - laquelle aurait essentiellement ponctionné les quelque trois cents ménages disposant d’un patrimoine dépassant 200 millions de francs, ou moins de 2 foyers fiscaux sur 10’000.

* * *

Heureusement que ce type de problématique fait l’objet d’analyses fructueuses en France Voisine, comme celle parue dans le Monde diplomatique N° 861 sous le titre « Les patrons piquent une crise », article de une qui se poursuit en dix-huitième et dix-neuvième pages.

La dernière partie se termine avec la conclusion que je trouve si ravigotante et reproduite ci-dessous.

Ravigotante parce qu’elle annonce une limite aux abus d’extorsion au sein de la classe dominante d’une partie d’entre-elle, mais peut-être pas rassurante pour tout le monde…

Fissuration du bloc dominant ?

N°861 MondeDiplomatique p18

L’INTERVENTIONNISME libéral qu’incarne M. Dufourcq ne fait pas l’unanimité dans les milieux économiques. « À la suite de la crise financière, explique la sociologue Marlène Benquet, et plus encore après la crise du Covid-19, une critique des gouvernements néolibéraux jugés trop étatistes, trop interventionnistes et trop régulateurs se développe au sein du patronat », par exemple au sujet des normes environnementales (quand bien même l’argent public, a sauvé nombre d’entreprises, sans faire le détail entre elles) (15). Elle discerne ainsi une fissuration du bloc dominant, mais sur des bases plus matérielles qu’idéologiques. Afin de faire advenir un nouveau régime économique dans lequel l’État se verrait « réduit à sa seule fonction de garantie de la propriété privée », les mécontents « s’engageraient dans la création de coalitions libertariennes et autoritaires alternatives », dont le RN pourrait prendre la tête.

Mais, en tout état de cause, avant même cette hypothétique victoire de l’extrême droite soutenue par une partie des milieux économiques, l’interventionnisme libéral connaît une inflexion autoritaire. Qu’il s’agisse de taxes, supplémentaires, comme celle qui a mobilisé contre elle les « gilets jaunes », ou d’attaques contre les droits sociaux, comme avec les réformes des retraites, les efforts exigés pour financer le corporate welfare (ou « bien-être des entreprises »), suscitent de vives oppositions de la population, toujours plus durement réprimées. À la réponse policière se combine, au sein de l’administration, la tentation du verrouillage bureaucratique. Le Conseil d’État propose d’instaurer la pluriannualité budgétaire pour dispenser autant que possible l’exécutif des débats à l’Assemblée nationale, ou au Sénat ; la Cour des comptes propose leur encadrement par des avis d’experts indépendants ; l’inspecteur des finances Dufourcq propose, lui, d’inscrire dans la Constitution une « règle d’or » qui limiterait l’augmentation des dépenses sociales (16).

Et le ministère de l’économie ? Depuis 2017, il a fait le pari que la diminution des impôts sur les entreprises augmenterait le taux d’emploi, ce qui rétablirait la croissance et financerait la dépense publique. Cette politique a échoué. Le déficit public est un des plus importants en Europe, la dette significative et la productivité horaire du travail en net recul. Miser sur la baisse des coûts et non sur la qualité de la production française s’est révélé une erreur stratégique. Tiraillé entre sa volonté d’apurer les comptes publics et sa politique d’aide massive aux entreprises, l’État peine à coordonner les intérêts du capitalisme français. Ainsi s’éclaire la vraie victoire à la Pyrrhus des milieux économiques : l’administration leur est à ce point subordonnée qu’elle manque de l’autonomie nécessaire pour organiser à long terme le service de leurs intérêts.

Gregory RZEPSKI

(15) Marlène Benquet, La Finance aux extrêmes, Enquête sur le capitalisme autoritaire, en Fronce, à paraître en janvier 2026 aux éditions La Découverte.

(16) Nicolas Dufourcq, La Dette sociale de la France, 1974-2024, Odile Jacob, Paris, 2025 ; « Inscrire l’action publique dans le temps long », Conseil d’État, Paris, 2025 ; Raphaël ’Marchal, « Dérapage du déficit public : Pierre Moscovici plaide pour "l’indépendance" des prévisions contre "l’hubris politique" », 21 janvier 2025, https:/lcp,fr


Par ailleurs, ce même 30 novembre 2025, on pouvait également lire, dans le journal Le Temps N°8390 de son édition papier, un article intitulé « Les mécanismes menant aux crises sont persistants » ; dans lequel le journaliste Paul ACKERMANN, interrogeant l’anthropologue Peter TURCHIN, note que ce chercheur « montre que les sociétés sont affectées par des vagues récurrentes d’instabilité provoquées par une gamme de forces fondamentales comme l’appauvrissement des travailleurs, et donc la baisse d’indicateurs comme la taille moyenne ou leur espérance de vie. Et surtout, il pointe « la "pompe à richesse" qui mène à une "surproduction d’élites" qui entrent en compétition entre elles. »

Et plein d’autres choses intéressantes sur « les cycles de désintégration politiques, la formation et l’effondrement des Etats… Selon Peter, « la France s’est engagée sur cette pente vingt ans après les Etats-Unis (red. d’Amérique).

note de pied extrait du site web du PLR genevois

« L’initiative prétendument « pour l’avenir » sur les successions de la Jeunesse socialiste est une énième initiative extrême qui aurait des conséquences désastreuses pour la Suisse et surtout pour Genève. Le projet soumis au peuple propose de taxer à 50% les successions et donations de plus de 50 millions, pour reverser les recettes de cet impôt à une lutte « socialement juste » contre la crise climatique. En cas d’adoption, les estimations de l’AFC tablent sur une perte de 85 à 98 % du substrat fiscal. Cette initiative extrême engendre une insécurité juridique de par sa forme rétroactive et dissuade les personnes domiciliées à l’étranger de venir s’installer dans notre pays. Par ailleurs, la Suisse dispose déjà d’une politique climatique basée sur le principe du pollueur-payeur. Pour toutes ces raisons, les délégués ont rejeté cette initiative contre l’avenir à l’unanimité. Le PLR Genève s’engagera fermement dans la campagne contre cette dangereuse proposition. »

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