La Tribune de Genève informe par Philippe Maspoli le 24 juillet 2026
L’histoire de Jean-Daniel Taverney, le facteur viré par La Poste après 42 ans de service parce qu’il montait les colis dans les étages à Vevey, a eu un écho hors norme. Les médias de toute la Suisse, mais aussi à l’étranger, notamment en France, ont répercuté le témoignage de l’employé qui refusait d’appliquer des consignes contraires à sa vision du service public. L’affaire avait provoqué des interventions politiques à Berne.
Âgé de 59 ans, le postier licencié en février dernier était au chômage depuis la fin du mois de mai. La Poste avait annoncé qu’elle réexaminerait la situation. C’est chose faite selon les informations qui circulent parmi les employés de La Poste dans le canton de Vaud : le géant jaune a réengagé Jean-Daniel Taverney qui œuvrera dès le mois d’août au Centre de tri de Daillens, au service des colis endommagés.
Deux commentaires choisis au pied de cet article
Martienne 24.07.2026
J’espère vivement que cet homme recevra aussi un juste dédommagement pour les pertes financière subies (indemnités de chômage = 70 à 80% du salaire assuré selon le revenu et la situation familiale + conséquences sur l’AVS et la Caisse de pension), les tracasseries administratives et les tribulations émotionnelles endurées dans toute cette aventure.
Mathilde Lavenex 24.07.2026
Ce facteur aimait le contact avec les gens. La Poste l’a certes réengagé - encore heureux ! - mais le poste qu’on lui a attribué (trier les colis endommagés !!) ressemble plutôt à une punition. Punis aussi les gens qui, avec lui, avaient un facteur sympa et qui n’hésitait pas à mettre un peu d’humanité dans son travail.
Autres sources pour mémoire
Appréciations sur le cas
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Dans le cas de ce collègue, à l’époque de son engagement par l’entreprise des postes, téléphones et télégraphes (PTT), le service aux usagers et les astreintes d’un facteur exigeaient une excellence qui contente les besoins de la population, en tenant compte plus spécialement des handicaps de certaines personnes la constituant.
Consécutivement à la dissolution des PTT en 1998 pour donner naissance à deux entreprises distinctes – La Poste Suisse (établissement autonome de droit public de la Confédération) et Swisscom SA – il est vrai que les exigences de service durent être modifiées ; puis avec la généralisation de l’usage d’internet le volume du trafic postal se trouva en réduction continue et d’autres ajustements d’organisation furent nécessaires.
On peut comprendre que cela étant, la charge des factrices et facteurs soit adaptée aux contingences de l’entreprise et aux attentes des clients. Cependant, ces nouvelles conditions de « marché » et d’exploitation ne peuvent être imparties qu’à un employé de génération plus récente et pleinement assumées que par leurs contemporains.
Mais je suis persuadé que les changements du statut juridique et légal de l’employeur ne peuvent pas se suborner les membres du personnel au point d’exiger et d’obtenir un renoncement à l’éthique professionnelle qui les a conduits à vouloir travailler pour celui qui prévalait hier. Tout simplement parce que l’intelligence de la gouvernance d’une société comme La Poste l’amène à exclure certaines modifications de conditions de travail abruptes qui justifieraient le recours à l’article 337 CO par les employés, avec une résiliation immédiate de leur contrat de travail puisqu’en présence de justes motifs.
C’est pour écarter ce type de rupture que naturellement – dans une entité économique d’envergure nationale, qui pendant un siècle contribua au bien commun universel – le chef d’entreprise admettra qu’il se soit établi par certains agents postaux envers une partie de la clientèle une fidélité morale qui conduise ces derniers à accomplir encore des petites tâches ressortant des us et coutumes de jadis, quoique supplémentaires aux prestations minimales ou maximales fixées d’aujourd’hui.
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Ainsi ce même chef devrait reconnaître qu’il est des circonstances dans lesquelles la prise d’initiative de ses subordonnés peut parfois permettre d’atteindre des objectifs supérieurs à ceux qu’il avait soigneusement planifiés, résorbant ainsi des difficultés non anticipées.
Bien qu’elles consolident l’ensemble de l’édifice, très souvent ces façons d’entreprendre et leur succès au niveau du terrain ne remontent pas jusqu’au chef suprême. Parfois les hiérarchies intermédiaires condamnent « l’insubordination » sans consultation ni recours, parfois elles s’avisent de le signaler aux niveaux supérieurs comme « possibles trahisons ».
Dans le premier cas peut surgir une crise, dans le second la hiérarchie s’en prémunit. Dans les deux situations – depuis sa position qui lui permet d’embrasser toute l’étendue des ouvrages et d’évaluer l’opportunité des œuvres – le chef souverain doit énoncer une mesure qui les renforce toutes sur l’essentiel, une mesure qui suscitera la confiance dans l’advenir de leurs raisons d’être.
Alors qu’il aurait été plus sage d’apprécier les circonstances qui ont interrompu la collaboration comme la conséquence d’une faille dans la conduite de la société due à des exigences socio-économiques immédiates et paradoxales, et simplement caractériser le licenciement prononcé en février 2026 comme une mise à pied impromptue pour y mettre fin en rétablissant Monsieur Jean-Daniel Taverney dans ses droits et devoirs, « on » a préféré la formule du réengagement à un autre poste, à une distance domicile-travail double de sa précédente affectation. Dommage.
L’employeur a requis du travailleur et de son syndicat le secret sur les négociations et sur les conditions du réengagement.
Dès lors, il me faut admettre que mes appréciations sur la capacité de l’entreprise à revisiter sa politique du personnel dans le cadre du Service Public s’avèrent erronées.
Aussi il faudra encore le secours de lanceurs d’alerte courageux et des journalistes intègres pour dénoncer et lutter contre les prochains abus en la matière.
Publié par la Tribune de Genève le 13-09-2026
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Une affaire a récemment choqué les Suisses : le licenciement d’un postier vaudois qui, entre autres, prenait trop de temps en montant des colis à l’étage. Une grosse boulette de La Poste ?
J’ai regardé le dossier une fois que l’affaire a été rendue publique. Ce que je peux dire, c’est que les faits sont assez différents de ceux qui ont été rapportés. La personne en question, de mon point de vue, aurait été licenciée dans n’importe quelle entreprise ou administration publique. Compte tenu de son long engagement pour La Poste, et aussi en application de nos standards sociaux, on a cherché une solution et on lui a trouvé un nouvel emploi à La Poste. Donc non, je ne parlerais pas de boulette.
Donc le postier était en faute et, par pitié, vous l’avez réengagé.
Ce n’est pas de la pitié. C’est une volonté d’honorer aussi un engagement de plus de quarante ans pour l’entreprise et de regarder si on a d’autres fonctions dans lesquelles ces difficultés ne se poseraient pas. À La Poste, il faut en faire beaucoup avant d’être licencié. Et en l’espèce, il y a eu des instructions, des entretiens, deux avertissements et c’est à la fin qu’un licenciement a été prononcé. Difficile de faire différemment. Mais je suis content qu’on ait pu trouver une solution.
Juste pour être clair, un facteur qui monte les colis dans les étages pour éviter des vols, est-ce qu’il risque, oui ou non, le licenciement ?
Rien de cela ne figurait dans les dossiers que j’ai lus. Mais je rappelle que monter un colis est une prestation que nous proposons à la clientèle et que nous facturons 3 francs. On part donc de l’idée que les postiers livrent cette prestation contre paiement. Comme un vendeur de la Migros ne peut pas vendre le filet de bœuf au prix du cervelas, ni un fonctionnaire du Service des autos refuser d’encaisser les émoluments dus pour une prestation.
Un conseiller aux États se demande si vous voulez encore des postiers ou des robots.
Je passe pas mal de temps sur le terrain. J’étais encore récemment dans une base de distribution et je suis frappé par l’engagement de nos collègues. Je n’ai pas du tout l’impression qu’on ait affaire à des robots. On a au contraire une culture de discussion assez ouverte et vive dans l’entreprise. Tant mieux. Cela dit, on distribue 1,6 milliard de lettres et 200 millions de colis par an. Ça implique des règles qui sont suivies par tous. Il n’y a que peu de place pour l’improvisation, sans quoi la prestation elle-même est mise en danger.
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