A l’attention du Comité de l’Union syndicale suisse,
par les soins de son Président Pierre-Yves MAILLARD
Monsieur le Président de l’USS, cher Pierre-Yves,
Au nom des 300 premiers signataires de l’Appel « Pas touche à la plainte auprès de l’OIT ! Tant que la Suisse ne respecte pas pleinement les droits syndicaux ! », nous souhaitons être entendus par le Comité de l’USS et être conviés à l’Assemblée des délégués du 5 juin prochain afin de vous exprimer nos doléances au sujet de la plainte à l’OIT et d’en informer les représentant-e-s des différentes fédérations.
Nous venons te demander de bien vouloir organiser un entretien avec une délégation du Comité que tu présides pour :
a) lui présenter les demandes de l’Appel annexé (1) ;
b) l’informer de nos considérations concernant une Protection adéquate contre les licenciements antisyndicaux ;
c) connaître les perspectives stratégiques de notre faîtière syndicale dans le domaine ;
d) discuter des modalités de notre présence à l’assemblée de délégué-e-s du 5 juin.
L’année dernière, nous avons appris que Guy Parmelin avait conditionné la 14e mesure de protection des salaires au retrait de la plainte déposée par l’USS en 2003 auprès de l’OIT. Nous avons aussi entendu que l’USS acceptait de fait cette condition en exprimant qu’elle ne s’opposerait pas au classement de la plainte.
Pour nous, membres de différents syndicats, parfois victimes nous-mêmes ou proches de victimes de licenciements antisyndicaux, nous ne pouvons nous résoudre à ce qu’un outil aussi puissant que cette plainte, obligeant la Suisse à mettre sa législation en conformité avec la Convention 98 de l’OIT, soit abandonnée : cela reviendrait à laisser le patronat agir comme bon lui semble pendant encore des décennies.
Récemment, une travailleuse du pressing 5àSec, présidente du Comité de branche genevois des blanchisseries et du nettoyage textile, a été brutalement licenciée à cause de son engagement en faveur de ses collègues (2). Cette déléguée syndicale, comme bien d’autres, n’est pas concernée par la 14e mesure proposée par le Conseil fédéral et, si elle l’était, cette 14e mesure n’empêcherait pas son licenciement. Cela démontre que la plainte contre la Suisse auprès de l’OIT a, aujourd’hui encore, toute sa raison d’être.
Par ailleurs, nos dirigeants syndicalistes peuvent-ils se mettre 5 minutes dans la situation des représentant-e-s du personnel de l’industrie MEM ? En effet, en raison de la rigidité de l’association patronale voulant imposer les 42 heures et l’idée que probablement dans 5 ans elle reviendrait avec la même revendication, l’assemblée de la branche MEM avait adopté, en 2023, les lignes directrices pour les années à venir (3). Ces lignes visaient à renforcer les secrétaires syndicaux, les groupes d’entreprises, le recrutement de nouveaux membres et à améliorer la présence d’Unia dans les commissions d’entreprises et sur le terrain. Ainsi qu’à, peut-être, défiler devant le Palais fédéral en 2028. Les dirigeants de nos syndicats pensent-ils/elles sincèrement que tout cela est réalisable si une épée de Damoclès continue à menacer les militant-e-s qui s’engagent dans les entreprises ?
Nous sommes alarmés par l’absence de volonté de l’USS de se battre pour le maintien de la plainte à l’OIT, et par l’abandon des revendications adoptées jusque-là pour une véritable protection contre les licenciements antisyndicaux, notamment au congrès d’Interlaken de 2022 (4) ! Cela aura pour conséquence d’affaiblir le mouvement syndical et sa stratégie pour améliorer la répartition de la richesse.
Comme exprimé par l’Appel susmentionné, nous demandons à l’USS et aux organisations syndicales de s’engager par tous les moyens pour le maintien de la plainte tant que la Convention 98 de l’OIT ne sera pas respectée.
Nous te remercions par avance, cher Président et cher Pierre-Yves, de ta réponse à nos demandes, idéalement avant le Premier Mai. Tu pourrais convenir par téléphone avec Ricardo du moment approprié de notre entretien.
Dans cette attente, nous t’adressons nos salutations militantes.
Pour le Groupe défense des droits syndicaux :
Ricardo RODRIGUEZ, militant Unia, rickirodriguez@gmail.com, dès 17h au 076 533 21 76
Sylviane HERRANZ, militante syndicom, herranz@bluewin.ch
Vincent LEGGERIO, militant SEV, centiero@gmail.com
(2) https://www.evenement.ch/articles/un-licenciement-anti-syndical-5asec
(3) https://www.evenement.ch/articles/la-semaine-de-42-heures-dans-lindustrie-mem-naura-pas-lieu
(4) https://www.uss.ch/fileadmin/redaktion/docs/congres/2022/fr/221126_Resolutions-adoptee.pdf (Résolution 5)
