L’Atelier des Lois à Genève : Quand la démocratie transfrontalière réinvente le soin Save this article in PDF

Sunday 19 April 2026 — Latest update Monday 4 May 2026

« Quand le futur des soins s’écrit au présent »

Imaginez un système de santé où la dignité l’emporte sur la rentabilité. Ce n’est plus seulement la vision du Manifeste du Care d’Unia pour 2035, c’est un chantier qui a pris vie ce samedi 18 avril à Genève. Lors d’un atelier des Lois inédit, soignants, médecins et citoyens se sont réunis pour transformer la colère du terrain en un espoir législatif concret. Ensemble, ils ont commencé à traduire les promesses du Manifeste en articles de loi, prouvant que lorsque l’expertise des professionnels s’allie à la voix des citoyens, le changement devient enfin possible. Récit d’une après-midi où la démocratie a repris racine dans le soin.

Une méthodologie de mouvement pour reprendre le pouvoir

L’initiative repose sur une structure logique et un socle solide : le Manifeste du Care du syndicat Unia. Plus qu’un catalogue de revendications, ce document propose une méthode de transformation sociale : partir de la réalité brute pour faire remonter des solutions structurantes.

Cette approche entre en résonance directe avec la philosophie de la France insoumise. Plus qu’un parti, ce mouvement a bâti son programme — comme cet atelier — sur une co-élaboration permanente avec les experts, les scientifiques, les syndicats et les citoyens. En saisissant l’outil de l’« Atelier des Lois », nous ne faisons pas que discuter : nous mettons en pratique une méthode de gouvernement. C’est ici que la vision de 2035 commence à s’incarner dans des paragraphes juridiques, prouvant que nous avons les moyens intellectuels et techniques de reprendre les commandes de notre destin sanitaire.

Le diagnostic : L’urgence d’un nouveau cadre

L’atelier a débuté par un exercice de vérité. Soignants en EMS, médecins et proches aidants ont dressé un état des lieux sans concession :

  • La compression du temps : Un soin réduit à des actes techniques par manque de moyens humains, menant parfois à une surmédication faute de temps relationnel.
  • Le gel des annuités : Une mesure vécue comme un signal de mépris pour des professions déjà en souffrance et un frein à la reconnaissance de l’ancienneté.
  • Le management hors-sol : Une déconnexion croissante entre des directions administratives, parfois étrangères au monde du soin, et la réalité clinique des services.

« Qui soigne les soignants ? » Cette interrogation a servi de boussole tout au long de la rédaction.

De la parole à la rigueur de la loi

Sous l’œil des députés Gabriel Amard et Ségolène Amiot, et avec l’appui du conseiller national Christian Dandrès, le travail a pris une dimension formelle. Nos juristes, Nathan et Sirine, ont accompagné chaque groupe pour traduire les témoignages en articles de loi précis. Le texte produit s’articule autour de trois axes :

1. La souveraineté du temps de soin et le droit à la dignité

L’État garantit désormais un ratio soignants/patients strictement indexé sur le degré de dépendance (Article 1). Ce degré de dépendance ne se limite plus à des critères physiques mais intègre pleinement la dimension émotionnelle et cognitive (Article 6). Surtout, la loi rend aux professionnels le pouvoir de fixer eux-mêmes le temps nécessaire pour chaque patient (Article 3), libérant le soin des seules logiques comptables.

2. Le renforcement du contre-pouvoir syndical

Parce qu’aucun droit n’existe sans moyen de le défendre, la loi sanctuarise la liberté syndicale au cœur des établissements. L’accès des syndicats au personnel est garanti et une heure d’information syndicale mensuelle est instaurée sur le temps de travail (Article 2). C’est la reconnaissance du syndicalisme comme un acteur de santé publique indispensable.

3. La démocratie au sein des structures

La création de comités directeurs paritaires (Article 4) propose un changement de paradigme : l’organisation et la coordination du travail sont confiées à des représentants de chaque métier (incluant obligatoirement des femmes). Ce comité veille au respect des conventions collectives et à l’élimination des discriminations, passant d’une gestion descendante à une intelligence collective.

4. La sanctuarisation des moyens et de la formation

La loi impose une cohérence budgétaire : pour chaque décision prise, notamment en matière de formation, l’État a l’obligation de fournir l’enveloppe et le financement adéquat (Article 7). Les outils d’évaluation de la dépendance sont désormais gérés localement pour coller aux réalités du terrain (Article 5).

Un prototype pour l’avenir : porter le débat à l’Assemblée

Cet atelier prouve que le soin n’est plus une préoccupation secondaire, mais le cœur d’un projet politique rigoureux et applicable. Si cet outil exceptionnel est porté par LFI, la loi qui en découle a vocation à s’ouvrir au débat démocratique le plus large. Elle sera portée par nos députés à l’Assemblée Nationale avec une ambition transpartisane, car la dignité des soins dépasse les étiquettes.

Nous avons prouvé que face à l’urgence, la coopération citoyenne et transfrontalière est l’outil le plus puissant pour réparer notre mission de soin. Nous savons où nous allons, nous avons la méthode, et nous avons désormais le premier texte : l’heure est venue de transformer l’espoir en loi.

Une force collective pour le monde de demain

Le succès de cette après-midi repose avant tout sur la convergence des forces. La présence des syndicats Unia et du SSP à cet atelier a rappelé que, face à la dégradation des conditions de travail, l’unité est notre rempart le plus solide. Cette collaboration entre organisations sœurs démontre que les enjeux de santé et de dignité ne s’arrêtent pas à la porte d’un établissement, mais constituent un combat global.

Rien de tout cela n’aurait été possible sans l’engagement de celles et ceux qui ont mis leur vécu au service de l’intérêt général. Un immense merci à Arlette, Agnès, Edouard, Costanza, Karine, Teresa, Olga, Loucas, Gregory, Jeremy, Joelle, ainsi qu’à Arthur et son camarade pour leur précieuse contribution. Merci également à Ségolène Amiot, Gabriel Amard et Christian Dandrès pour avoir animé cet atelier.

Grâce à eux, l’espoir de 2035 commence à s’écrire dès aujourd’hui, noir sur blanc, dans le droit. Ce n’est qu’un début : le texte est prêt, la volonté est là, et nous sommes désormais armés pour porter ces voix jusqu’au sommet de l’État.

https://unia.ch/fileadmin/user_upload/Beruf-Branchen/Pflege-Betreuung/2025_Manifest_du_care_07.pdf

Design sans titre DSC_7470 DSC_7472 DSC_7479
Back to top